ALPHA CONDE : quand la fierté se heurte à la raison (Analyse)

Avec son discours du vendredi 28 février et le report subséquent du double scrutin qui devait se tenir ce dimanche, Alpha Condé a accordé à la Guinée toute entière un répit. Mais une pause plutôt courte, car sur le fond, la crise demeure. Et d’une certaine façon, c’est lui-même qui, au cours de la même sortie, nous aura avertis que les problèmes ne sont que différer. Dans la mesure où il aura mis un point d’honneur à s’opposer catégoriquement à ce que, par rapport aux élections législatives notamment, les principales formations politiques reviennent dans la compétition, même quand les doutes sur le fichier électoral auront été levés. Une décision dont la pertinence et le bien-fondé ne sont pas particulièrement évidents.

« Je persiste, précision importante, que ne sont concernés que les partis qui sont déjà en compétition, c’est-à-dire qui sont en règle devant la CENI. Je précise très bien : cela ne concerne que les partis déjà engagés dans la compétition électorale », voilà en substance ce qu’à déclaré le président Alpha Condé au sujet du retour éventuel de ceux qui avaient jusqu’ici fait le choix du boycott. Pourtant, dans la correspondance qu’il adresse à son homologue du Niger et président en exercice de la CEDEAO, le président Alpha Condé consent à ce que des experts de cette dernière puissent venir certifier la fiabilité du logiciel guinéen. Il est même disposé à ce que la question des 2.500.000 électeurs problématiques du fichier électoral puisse être examinée à l’aune du code électoral guinéen. Aussi, l’on ne comprend pas comment voudrait-il décréter que certains partis politiques ne reviendraient plus dans le jeu, alors même qu’il a accepté le principe que les anomalies que ces derniers avaient soulevées soient résolues.

En effet, rappelons bien les choses. L’UFDG, l’UFR et tous les autres partis qui ont fait le choix du boycott n’ont pas opté pour cette voie-là pour le simple plaisir de ne pas prendre part à la compétition. Tous avaient justifié leur décision par les problèmes autour du fichier électoral, aucun ne voulant prendre part à une élection dont les résultats sont littéralement connus d’avance. Et franchement, au regard des données rendues publiques par la suite par la CENI et du retrait récent de l’OIF du processus électoral, on ne devrait pas leur en tenir rigueur. Quant au président Alpha Condé, au nom de quoi peut-il finalement satisfaire à l’exigence des grands partis de l’opposition et s’obstiner à refuser leur participation à la compétition ? Sait-il d’ailleurs qu’il ne lui revient pas de décider qui va participer à une élection ou non ? On comprend bien qu’il soit un renard politique dont l’habileté n’est plus à démontrer. Mais l’on se demande bien comment peut-il espérer convaincre la communauté internationale devant laquelle il vient ainsi de plier que son opposition ne reviendra pas dans le processus, pendant que rien ne s’opposera à ce retour.

L’exercice parait d’autant plus difficile que cette communauté internationale a, au sujet des échéances électorales guinéennes, une exigence que le président Alpha Condé semble perdre de vue. Il s’agit de l’inclusivité. Dans tous les communiqués publiés dernièrement, il en a été question. Or, cette inclusivité sous-entend justement le retour des mastodontes de l’opposition dans le processus. De la part du chef de l’Etat, il faut donc revenir à la réalité et comprendre qu’il y a un lien de dépendance entre le retour de ses opposants dans le processus électoral, et la résolution des problèmes qu’ils avaient dénoncés. Le premier est déterminé par la seconde. C’est ainsi et pas autrement.

Plus concrètement, il revient au président Alpha Condé de ne pas percevoir les choses sous le prisme interpersonnel. Parce qu’on a l’impression que c’est un peu cette conception qui dicte désormais sa logique. L’attitude de ses opposants, il y a vu une bravade impardonnable, une offense à sa personne et un affront à laver. Sa fierté et son orgueil en ont été visiblement affectés. D’où son désir de sanctionner des adversaires dont il n’aura pas supporté pas la défiance. Sauf qu’en poursuivant sur cette voie, il sera à court d’arguments raisonnables. Il s’enfermera dans ses propres contradictions. Car la démocratie n’est pas une affaire d’émotion, mais un ensemble de règles et de principes.

Boubacar Sanso BARRY

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